Quelles sont mes chances de préserver une vie sexuelle après un cancer de la prostate?

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Chaque individu dispose du droit à une sexualité épanouie. Il arrive cependant que les aléas de la vie nous éloignent de celle-ci et la rendent moins accessible. Surmonter le défi ainsi que les obstacles pour tendre à retrouver une vie sexuelle harmonieuse et satisfaisante lorsque l’on a souffert d’un cancer n’est pas chose évidente. Survivre n’est pas tout, il faut pouvoir retrouver sa vie. Khalil, 47 ans, en témoigne :

« Après, le suivi de mon taux de PSA depuis un an, passé de 1.39 à 6.68, raconte anxieusement Khalil, mon urologue m’a prescrit une échographie pelvienne. Suite à ces différents résultats, une biopsie prostatique a été effectuée. Elle s’est avérée positive. L’annonce que j’étais porteur d’un adénocarcinome prostatique fût une terrible nouvelle. Je ne savais plus quoi penser, quoi faire ? J’étais dans un état de doute et d’angoisse intolérable. Mon urologue m’a conseillé de me traiter par prostatectomie radicale sous cœlioscopie. Là encore, j’étais perdu, lorsque j’ai appris et découvert les effets secondaires après cette ablation. L’amour que me porte mon épouse m’aidera dans cette épreuve, mais ce qui m’ennuie, c’est cette possibilité de perte d’érection et de rapports sexuels avec elle. Je l’aime et mes sentiments vis à vis d’elle sont traduits dans nos relations. J’ai peur que cette “impuissance probable” selon que les nerfs érecteurs seront enlevés ou pas, altère notre vie de couple…Quelles sont mes chances de préserver une vie sexuelle ? »

 

Dr. Sandrine répond:

Cher Khalil, les interventions chirurgicales telles la résection complète de l’ensemble de la prostate peuvent altérer les nerfs et parfois les artères qui interviennent dans l’acte sexuel et notamment l’érection. La pénétration est alors difficile parfois même impossible alors que la sensibilité de la verge et la sensation d’orgasme sont préservées. La prostatectomie totale complète implique l’ablation de nerfs sectionnés lors de l’opération, d’où une insuffisance d’érection dans 60 % à 90 % des cas selon l’âge. Les patients jeunes conservent plus facilement une fonction érectile que leurs aînés. Vous faites donc partie du lot des chanceux. Dans tous les cas, des traitements existent. Les médicaments facilitateurs de l’érection sous forme de comprimé à prendre environ une heure avant la relation sexuelle sont le traitement de première intention en cas de troubles de l’érection incomplets. Ils ne déclenchent pas l’érection, mais facilitent celle qui est induite par le ou la partenaire par l’augmentation de la vasodilatation artérielle pénienne et donc de l’engorgement sanguin du pénis. Ces médicaments peuvent être utiles pour une difficulté d’érection d’origine psychologique (peur de l’échec, manque de confiance en soi) mais ne sont pas toujours suffisamment efficaces dans les suites de la chirurgie du cancer de la prostate. Dans le cas d’une mauvaise réponse, existent des médicaments inducteurs de l’érection sous forme d’injections intra-caverneuses qui provoquent une érection par action directe sur les artères du pénis. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à une stimulation érotique et la qualité de l’érection est excellente. Il vous est d’ailleurs conseillé d’utiliser les injections assez rapidement après le traitement du cancer si vous souhaitez une reprise des relations sexuelles.

Par ailleurs, dans le cas d’une ablation complète de la prostate, aux difficultés érectiles s’ajoute l’absence totale d’évacuation de sperme tandis que la sensation orgasmique préservée. Par ailleurs, le phénomène d’éjaculation rétrograde survient parfois après résection localisée de la prostate par les voies naturelles (à travers l’urètre).

Il est vrai que la possibilité de ces difficultés sexuelles n’est pas facile à envisager, mais n’oubliez pas cher Khalil, que l’harmonie, la confiance ainsi qu’une bonne communication entre les partenaires jouent un rôle essentiel dans le réapprentissage de la sexualité. Il est important que vous intégriez en couple les modifications physiques et psychologiques et que chacun de vous deux  regagne une assurance notamment quant à son pouvoir de séduction. Il vous sera peut-être nécessaire d’inventer un nouveau mode de rapports sexuels avec de nouvelles caresses et/ou moyens d’excitation ou d’obtention de l’orgasme. Mais vous pourrez toujours conserver une intimité et c’est cela qui compte.

 

Au-delà des préjugés

Q : Le cancer est-il contagieux ?

R : non. Le cancer ne se transmet pas par voie sexuelle, ni par le contact d’objet ou de la personne.

Q : Les traitements par radiothérapie ou chimiothérapie sont-ils nocifs pour mon partenaire ?

R : non. Pendant la radiothérapie, vous n’êtes pas radioactif/ve et ne pouvez contaminer votre partenaire. Pendant la chimiothérapie, quelques produits peuvent se retrouver à des doses infimes dans les sécrétions vaginales et dans le sperme mais n’altèrent pas la santé de votre partenaire. Au besoin, demandez à votre médecin si le port d’un préservatif peut être nécessaire au moment d’un rapport sexuel.

Q : Les rapports sexuels entraînent-ils une rechute de la maladie cancéreuse ?

R : non. Certains  pensent à tort que leur cancer est lié à une supposée

«faute sexuelle ». Ce préjugé erroné qui leur fait craindre une rechute du cancer par

la reprise des rapports sexuels est contredit par les données scientifiques.

Q : Existe-t-il des contre-indications à la reprise des rapports sexuels ?

R : Immédiatement après une chirurgie, les rapports sexuels ne sont pas conseillés

car l’effort physique peut modifier la cicatrice (hémorragie, lâchage de sutures, …).

Le délai entre la chirurgie et une reprise des rapports varie selon le type d’opération.

Votre médecin saura vous dire quand la reprise des rapports sera possible.

 

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