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Sondez le monde le monde mystérieux de vos fantasmes

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Le discours sur la sexualité semble de plus en plus libéré et affranchi de toute contrainte, de tout tabou. Or, le mot « fantasme », bien que souvent prononcé dans nos discussions, reste entouré d’un halo de mystère et de pudeur. Ainsi, certains taisent avec honte le contenu de leurs fantasmes, craignant de choquer leur partenaire ; d’autres redoutent la perte de contrôle et la dégringolade dans un monde de vices et de perdition. Mais qu’en est-il réellement de nos fantasmes ? Diffèrent-ils entre un homme et une femme ? Faut-il les partager ? Et surtout, leur réalisation comporte-t-elle un risque ?

Un inconnu vous hèle de son taxi et vous embarque dans les ténèbres, une fois repu, il vous confie à son chauffeur… Un beau brun au regard ténébreux qui vous fait découvrir une nouvelle facette de la vie nocturne beyrouthine… dévergondée et décadente… et vous goûtez pleinement à ces délices quand votre conjoint se met en mode ronflements et vous ramène à l’amère réalité… Mais lui au fait ? De quoi rêve-t-il bien lové dans les bras de Morphée ? Est-il dans le même club échangiste que vous ou ordonne-t-il à sa secrétaire de lui prodiguer une gâterie sous le bureau tandis qu’il est en réunion ? Or, nous ne le savons tous, notre quotidien ne se déroule pas tout à fait – voire pas du tout –  de la sorte… Nos fantasmes cependant, ces douces « caresses de l’esprit » pilotées par notre inconscient, cette faculté de notre imaginaire à nous plonger dans notre cinéma érotique intérieur, réussissent quand tout échoue à booster notre désir et pimenter notre vie sexuelle, un peu trop routinière. Ils nous ont accompagné depuis notre adolescence, nous aidant à surmonter les déceptions en palliant à nos manques. Or notre éducation souvent imprégnée de religion s’est construite sur le postulat que la sexualité, surtout féminine, est de nature dévorante et surtout impossible à assouvir. Cette croyance basée sur la peur et la culpabilisation du plaisir, bride par ses interdits notre imagination et limite notre capacité au fantasme. Pourtant, fantasmer, tout comme rêver, est une faculté saine et naturelle de l’esprit ayant pour but de nous permettre de garder un certain équilibre à condition de ne pas se réfugier en permanence dans cet univers imaginaire et  dans la fuite de l’autre et de certaines réalités. Ainsi, normalement, tout le monde aurait des fantaisies secrètes même s’ils en n’ont pas conscience, de même que tout le monde rêverait même si certains ne s’en rappellent pas. Il n’y a pas de règle en la matière. Rien n’est obligatoire. Mais le fantasme est non seulement un facilitateur de sexualité, mais aussi le meilleur moyen de se connaître et d’avoir du plaisir. Noun passe au crible les fantasmes les plus fréquents des hommes et de femmes à l’aide de vos précieux témoignages.

Grande et blonde, Cynthia 23 ans, étudiante en philosophie avoue sa grande timidité et les envies secrètes qui se cachent derrière sa pudeur :

« Je suis du genre timide. Même avec mon fiancé, je n’accepte de faire l’amour qu’une fois la lumière éteinte. Une fois déshabillée je me glisse passivement sous les draps et je le laisse faire le reste dans l’obscurité. Ce qui m’exciterait vraiment c’est de complètement changer de look. Dans mon fantasme, je m’achète une perruque noire, très courte, avec une frange. Je porte un manteau noir en cuir brillant et des cuissardes aux talons super pointus. En dessous, j’ai des bas résilles, un porte-jarretelles, un string noir et un soutien-gorge aux bonnets fendus. Mon homme m’attend dans le salon. Je mets une musique chaude, comme dans les boîtes à strip-tease, et je rentre en scène. Je commence à danser sensuellement en me déshabillant lentement. Quand je vois qu’il n’en peut plus, je l’immobilise sur un siège, lui arrache sa chemise et ses vêtements et le titille jusqu’à ce qu’il hurle de plaisir…On finit par s’aimer de façon fusionnelle et sauvagement !…Soupirs…si seulement j’osais lui en parler… »

Motus et bouche cousue

Ils ont beau faire partie de notre vie sexuelle, ils symbolisent non seulement notre liberté et notre imaginaire érotique, mais aussi nos tabous. Ce « rêve de l’esprit, commun à tous les hommes et à toutes les femmes » reste souvent enfoui dans notre jardin secret car en parler reste toujours très difficile. Et d’ailleurs, faut-il toujours en parler ?

« C’est impossible, continue Cynthia, bien qu’on soit très proches et qu’on se confie tout, je suis toujours incapable de lui avouer ce fantasme. Ca le frustre et moi aussi car je suis certaine que notre vie sexuelle en pâtit »

Sans doute, mais Cynthia est loin d’être seule dans ce cas. Pourtant, 60% des hommes et 47% des femmes avouent en avoir et même monter au septième ciel en y ayant recours. S’ils sont soigneusement tus, c’est par peur de choquer l’autre ou d’être taxé d’anormal ou de pervers. Et puis, il faut avoir aussi une immense confiance en soi et en l’autre, car un fantasme n’est pas nécessairement un désir de passage à l’acte. D’où un décalage entre les hommes et les femmes, les premiers considérant à 60% que la réalisation des fantasmes est une bonne chose, alors qu’en général, les femmes préfèrent les garder en l’état.

« L’idée, en fait, a dû me venir dès que j’ai rencontré Elise, se confie Hicham, 41ans. Ou plutôt me traverser l’esprit… Moi je vivais à Dubaï, elle à Abu Dhabi avec sa sœur. Et dès le premier week-end que j’ai passé chez elle, j’ai rencontré Lisa, sa jumelle. Deux beautés magnifiques : même allure, même douceur, même façon de parler. Et, surtout, tellement complices … J’étais troublé, par cette ressemblance et ce lien fusionnel. Pendant deux ans, nous nous sommes donc croisés régulièrement tous les trois, sans la moindre ambiguïté. Puis Elise s’est installée avec moi, à Dubaï. C’est au cours d’un week-end que Lisa passait chez nous que mon univers fantasmatique a secrètement basculé. Ce soir-là, on l’avait invitée chez  nous en compagnie de son petit ami. Dès le début du repas, il y avait quelque chose d’électrique dans l’air. Lui, très beau mec, elles, divinement sexy ; la lumière tamisée ; les vapeurs de champagne pour couronner le tout… Bref, sans que personne n’aborde le sujet, un feeling érotique s’est lentement distillé entre nous. Dans mon esprit, il était clair que j’aurais aimé qu’il se passe quelque chose. Et j’attisais le feu. Mais en même temps, pour moi, on était dans le fantasme absolu, le tabou, et je n’imaginais pas que cela puisse aller plus loin qu’un petit jeu…Fantasme que vous avez sans doute deviné: On commence à flirter, chaque duo de son côté, en échangeant des regards. Puis, comme deux aimants, Elise et Lisa tombent dans les bras l’une de l’autre. Nous, les hommes, sommes spectateurs. Plus tard, nous nous mélangeons tous les quatre, et je m’imagine le corps de Lisa contre le mien. Evidemment faire voler un tel tabou en éclats n’est possible que par la fantaisie et le fantasme. Je ne franchirai jamais un tel interdit. Ce soir-la, ce fantasme s’est imposé spontanément à moi. Et je soupçonne le reste du groupe d’avoir vécu la même fantasmatique que moi. Bien que ne nous soyons contentés de quelques bisous et caresses chaque couple de son coté, nous étions tous comme transcendés, exaltés. Chaque duo s’est ensuite retiré dans une chambre. Entendre leurs soupirs et halètements à travers les cloisons a donné un tel coup de fouet à mon désir que j’étais superexcité. Je me souviendrai toujours de cette nuit unique où j’ai gouté à la puissance érotique de mon imaginaire. Imaginaire que je n’ai jamais confié à Elise, et ne le ferai jamais. Bien qu’elle aie, elle aussi, savouré cet instant magique, y mettre des mots serait nommer l’innommable, l’inconcevable et fracasser nos vies. A mon avis les fantasmes contribuent à la richesse de notre monde intérieur.  Tels nos rêves, leur sens nous échappe, le sens d’un contenu que nous ne choisissons pas consciemment. Contenu qui n’a pas de place dans le monde réel et qui  s’appauvrirait atrocement s’il venait à se concrétiser… »

Fabienne, quant à elle, 26 ans, raconte : « J’ai vécu un coup de foudre pour un collègue, un homme très grand, très musclé, très viril. Et sa virilité déclenchait en moi une extrême féminité. Il m’inspirait des fantasmes incroyables. J’avais envie qu’il m’admire, me reluque…J’ai donc fait de petites tentatives afin qu’il me confie ses propres fantasmes. Il m’a avoué alors en me fixant droit dans les yeux qu’il était prêt à me mater mais à une condition : habillée d’une guêpière en m’amusant avec une fille…Je me croyais prête à tout pour le satisfaire, j’ai donc acheté la guêpière avec une excitation mal dissimulée. Il s’était mis d’accord avec une de ses copines. Une fois chez lui j’étais au comble de l’excitation et du malaise en même temps, j’ai bloqué, impossible. La fille était de trop et ce jeu ne m’amusait que dans l’imagination… »

Fantasmes féminins et masculins se rejoignent-ils ?

Il est bien évident que quelques différences notoires existent entre les imaginaires féminin er masculin. Nous ne fantasmons pas de la même façon et pas toujours dans le même but. La femme utilisera souvent son fantasme pour s’exciter juste avant ou au moment de la relation, voire au moment même de l’orgasme. L’homme, lui, le vivra très en dehors de la relation, et son objet sera beaucoup plus immédiat, moins construit, moins imagé.

Par ailleurs, on a tendance à oublier que le mot fantasme a vu le jour avec la psychanalyse, pour laquelle il traduisait l’expression d’un manque inconscient. Or ces scènes idéales, que nous nous projetons les yeux clos, nous les bâtissons à partir de notre personnalité et de notre histoire, parfois très archaïque. Il n’est donc pas étonnant de constater que les fantasmes masculins sont généralement centrés sur la puissance (pour contrebalancer l’angoisse de castration) et ceux de la femme sur la relation (en écho au complexe d’Œdipe). Globalement, les femmes se racontent plus souvent un scénario amoureux, tandis que les fantasmes masculins rarement aussi élaborées que ceux des femmes et surtout bien plus visuels, s’attardent sur un bout de peau, une cuise, un sein, un sexe…Ainsi, l’univers fantasmatique masculin relève d’une affirmation de sa puissance sexuelle (être avec plusieurs femmes), d’une composante agressive (soumission d’une partenaire pas vraiment consentante), de l’exhibitionnisme, de l’érotisme buccal… Chez la femme, l’on retrouve le plus souvent la personnalisation du partenaire (scènes romantiques), la séduction (être désirée par plusieurs hommes ou par une autre femme) et la déresponsabilisation du plaisir (subir et être maîtrisée permettant de s’autoriser la jouissance). L’on en déduit que si l’homme aime voir et agir, la femme se satisfait dans la durée et dans l’émotion qu’elle a besoin de sentir autour d’elle. On note que les fantasmes les plus fréquemment retrouvés chez les femmes sont des fantasmes masochistes de soumission et de viol. C’est que ce type de fantasmes a deux fonctions : il permet de déresponsabiliser la femme quant au fait d’être coquine puisque dans la soumission on lui impose de l’être ; elle a tellement à lutter pour être respectable dans la société que parfois, même dans l’intimité, elle a du mal a laisser tomber le masque. Un tel fantasme lui permet de se laisser aller. Pour en revenir au fantasme de Cynthia (cf. 1er témoignage), il va lui servir à “s’érotiser” en prenant pour modèle l’archétype de la séductrice déguisée avec des accessoires fétiches. Elle qui  rêve d’un corps à corps amoureux sans pouvoir oser l’exprimer et qui cache son désir sous les draps, dans le noir en laissant à son partenaire l’entière responsabilité de la sexualité du couple, son fantasme lui permet d’accepter son corps, de découvrir ses sens et d’accepter enfin d’être désirée et désirante.

Enfin, les fantasmes de sexualité de groupe et les fantasmes homosexuels sont ceux qui reviennent le plus souvent, pour les deux sexes. Ainsi, quand un couple rêve d’ouvrir son duo à d’autres bras, c’est une manière d’introduire une sorte d’amant ou de maitresse idéal(e) qui devinerait nos désirs les plus secrets et qui correspondrait à un certain idéal érotique.

Certains prétendent ne jamais fantasmer. Est-ce possible ?

« Je n’ai jamais eu de fantasmes, explique Maya, ou alors ils surgissent pendant mon sommeil et tout comme mes rêves, je ne m’en souviens jamais. Mon partenaire se plaint de mon manque de créativité lors de nos ébats amoureux. Pourtant je prends du plaisir lors de chacune de ses initiatives… Pour ma part, il me semble que je n’ai aucune fantaisie… »

Maya expose clairement une problématique dont se plaignent de nombreuses femmes. En fait, tout le monde rêve, sans forcément s’en souvenir. Pour les fantasmes, c’est la même chose : toutes les femmes en ont mais pour des raisons diverses, certaines en ont simplement moins conscience que d’autres et il leur est par suite plus difficile de stimuler leur imaginaire. Lire des livres, regarder des films, sans sauter les passages érotiques. S’y arrêter, au contraire, et observer ses sensations, sont d’autant de moyens de nourrir son imaginaire. Se familiariser d’abord avec ces sensations, et comprendre ce qui les provoque pour ensuite, pendant le rapport amoureux, « convoquer » ces souvenirs émotionnels afin de ressentir à nouveau ce plaisir. Néanmoins, fantasmer n’est point une obligation, juste un atout.

Jihane, 23 ans, étudiante en médecine, est de celles qui ont osé  franchir le pas :

« Nous étions très jeunes. Nous vivions tous les deux chez nos parents, et les opportunités de faire l’amour étaient encore rares. Un samedi après-midi, nous avions décidé d’aller voir un vieux film dans un petit cinéma de Beyrouth, la salle était quasiment déserte. Nous nous sommes installés au dernier rang. Le film n’étant pas passionnant, j’ai décidé d’égayer un peu tout ça. Et j’ai commencé à caresser David. Bien sûr, il a été surpris mais ravi ! Puis, de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à faire l’amour dans cette salle obscure. Nous faisions attention à ne pas faire trop de bruit pour que le son couvre nos ébats. Mais j’étais quand même stressée à l’idée qu’on puisse nous découvrir ! Avec le recul, cela reste un bon souvenir, mais je me rends compte que c’était un plan assez facile. Je ne suis pas du genre à prendre trop de risques ! »

Ziad, 35 ans a fait de même en allant au-delà de ses tabous :

 « J’ai toujours rêvé d’être réduit à l’état d’homme-objet. De n’être qu’un corps pour une femme… Pas de sentiments, pas de caresses. Etre juste utilisé. J’ai eu un nombre impressionnant de petites amies, mais aucune d’entre elles ne se prêtait vraiment aux jeux sexuels. Sauf, il y a cinq ans, Liliane, avec qui j’étais marié depuis deux ans et avec qui je parlais souvent de ces choses-là… Un matin, j’ai donc osé. Je lui ai simplement dit : ‘Utilise-moi !’. Elle m’a immédiatement attaché avec deux ceintures et deux foulards aux pieds du lit. Puis elle a joué avec mon sexe, ma langue, ma bouche… Elle se donnait du plaisir avec mon corps et ça m’excitait. Mais au fond, j’étais déçu. Mon fantasme n’est pas d’être utilisé comme un godemiché. J’aurais voulu plus de sensualité, plus de magie. Mais c’est peut-être la limite de tout fantasme. La réalisation est rarement à la hauteur de ce qu’on en attendait. »

En parler, oui mais…

Ainsi, d’autres comme Jihane et Ziad ont pris l’initiative et le risque d’en parler à leur partenaire. Dans le cas de Jihane, il est toujours plus aisé de se livrer en pleine action, l’état de détente et de lâcher prise que favorise le coït permet de faire sauter les verrous de l’inconscient et de l’imaginaire parfois même notre insu. D’ailleurs de plus en plus d’hommes se plaignent que leurs partenaires ont des fantasmes trop assumés, trop exprimés, et qu’elles leur en fassent part en employant des mots trop crus. En quelques années, l’équilibre s’est profondément modifié, tant en paroles qu’en actes. Il reste donc délicat d’en parler. Et certaines précautions sont de mise.

D’abord, prendre le temps de trouver un langage commun est nécessaire. Puisque hommes et femmes n’usent pas tout à fait du même vocabulaire, l’apprentissage et la mise en place de la communication doit se faire en douceur. En effet, le fantasme est un sujet délicat qu’on ne peut révéler à l’autre de but en blanc. C’est l’intimité la plus profonde de chacun qui est mise en jeu. Lorsque l’on devient trop technique, ou dirigiste, c’est l’échec assuré : la porte se referme. Laisser le dialogue amoureux se mettre en place dans la durée est essentiel. C’est une histoire que l’on se raconte à deux, à mesure que les liens se tissent et que la confiance s’installe. En lançant des perches, il faut savoir attendre de voir si l’autre les saisit et les intègre avant d’aller plus loin. Un mot de travers, et le charme peut se rompre. Surtout, lorsque le fantasme se joue en stéréo, il faut se tenir prêt : une parole va en appeler une autre.

Or, à cette surenchère verbale s’adjoint la possibilité du passage à l’acte : À deux, la puissance érogène du fantasme va s’étioler. On va vouloir concrétiser … Et pour tenir le coup du passage à la réalité, avec ses risques de désillusions, il faut être au diapason. Sans oublier qu’à son tour, un fantasme en enclenche un autre. L’escalade est rarement évitable. Il faut en être conscient. Etre conscient aussi de ses propres limites.

L’histoire de Yara 31 ans et Elias 53 ans :

Yara est une jeune femme ambitieuse, ayant monté sa propre agence d’hôtesses d’accueil. Elle a un coté rebelle qui n’est pas pour déplaire aux hommes. Mais surtout, très sexy, elle n’hésite pas à user de ses charmes afin d’établir des contacts précieux pour son business. Elle rencontre Elias, de 22 ans son ainé, célibataire endurci, dragueur et hyper médiatique. «  J’ai tout fait pour qu’il me repère, sa réputation d’homme fatal m’excitait, j’avais envie qu’il tombe dans mes bras et j’ai réussi. La première fois, on a fait l’amour dans son bureau. C’était troublant parce qu’il avait éteint les lampes et que l’espace était seulement éclairé par les décorations de Noel de l’avenue qui nous plongeaient dans des lumières multicolores ou dans l’obscurité. J’avais l’impression d’être dans un bar ce qui ajoutait à mon excitation. On s’est revus plusieurs fois  avant qu’il ne me demande de le retrouver un soir vêtue uniquement de mon long manteau noir avec rien au dessous. Intriguée, j’ai obéi. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me laisse une demi-heure poireauter au bas de son appartement, dans la rue, dans cet accoutrement, avant qu’il ne m’ouvre la porte d’entrée de l’immeuble. A peine ai-je franchie le pas de sa porte, fatiguée et frigorifiée qu’il me prit dans ses bras pour me faire longuement l’amour. Ce fut une nuit très forte en émotions. Nos petits jeux qui nous plaisaient autant l’un qu’à l’autre (moi plus chavirée par l’inconnu que part le plaisir, je dois l’avouer), ont atteint leur paroxysme. En réalité, je tombais amoureuse et Elias, l’indomptable, s’attachait à moi, enfin, surtout sexuellement. Chez lui, cela devenait une obsession, je n’étais pas très bien, mais j’avais peur de le perdre. On ne faisait plus jamais l’amour classiquement. Il y avait toujours un préambule ou même des tierces personnes. On a fini par des parties fines avec des couples qui partageaient les mêmes fantasmes. J’avais l’impression que je tombais bien bas. D’être une prostituée en quelque sorte. Je ne tolérais plus cette situation et n’y prenait plus aucun plaisir mais en même temps, je ne pouvais me passer de lui, alors je continuais. Un jour, un ami nous a proposé de passer un week-end organisé pour des couples dans une villa. Au programme, ripailles et orgies. La proposition m’a laissée muette. Je prétextais un malaise et m’éclipsait. Le lendemain, je n’ai pas répondu au téléphone et puis le soir venant, j’ai craint qu’Elias ne vienne frapper à ma porte, alors j’ai composé son numéro… J’ignore ou j’ai puisé le courage pour lui avouer que j’étais à bout de forces, que je ne voulais plus jouer. Je savais qu’il tiquerait à ces mots, il a raccroché avec un « tu vas le regretter, tu peux dire au revoir à tes ambitions, D’ailleurs en avais-tu la carrure ? Ce que tu es gourde ! ». Je regrettais déjà les paroles que je venais de prononcer mais c’était trop tard, je savais qu’un homme de son envergure n’offrait jamais de session de rattrapage. Elias ne m’a jamais rappelé mais il n’a pas oublié de me tailler une réputation d’enfer. J’ai des clients qui m’ont vraiment fermé leurs portes. Détruite, j’ai quitté Beyrouth pour Dubaï, où j’ai rencontré mon mari dont j’ai eu une petite fille. La vie sereine dure depuis cinq ans, il m’en a fallu trois pour me reconstruire, pour ne plus me sentir salie. Mon mari m’a vraiment aidée. Avec lui c’est du bonheur en barre. Le seul problème c’est qu’il n’a aucun fantasme… »

Au-delà des limites

A l’instar de Yara, il nous arrive parfois de jouer le fantasme de l’autre de peur de le perdre mais finalement, c’est le lien avec nous-même qui est rompu.

Il ne faut donc ne pas oublier qu’un fantasme n’est pas fait structurellement pour être vécu, vouloir le vivre peut exposer à la déception voire même à l’angoisse, si ce n’est plus. Si le fantasme est utile quand il développe notre imagination et vient mettre de la fantaisie dans une vie sexuelle trop tranquille, il n’est cependant viable que s’il ne devient pas une addiction chez les partenaires, ou pire, chez l’un deux seulement.

En conclusion, nos fantasmes devraient demeurer une fantaisie. Le problème surgit lorsque chez l’un des deux partenaires, ce jeu devient un besoin systématique. Si l’autre ne parvient pas à entendre que son attitude est trop destructrice psychiquement, c’est souvent la fin de l’histoire. Il est toujours important de garder un certain lien avec la réalité afin de ne pas tomber dans un jeu pervers et non sans dégâts.

Dr. Sandrine Atallah
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